Les meubles, les armoires étaient communs, puisque ce seul appartement, depuis l'entrée dans l'hôtel, avait été habité; Fernand avait pris l'habitude d'y serrer ses papiers, sa correspondance; il était donc tout naturel qu'il fouillât partout sans que cela occupât l'attention de sa jeune femme.

Le soir même, en rentrant, il prendrait ainsi le petit sac de cuir de Russie dans lequel se trouvaient les écrins… Si,—il prévoyait tout, un caprice de sa femme voulait que le lendemain elle désirât voir ses bijoux, il dirait que des valeurs semblables ne pouvaient rester sous la main des domestiques;—qu'il les avait prudemment rangées dans son coffre-fort. Et tout cela passait naturellement.

Calme cette fois, il gagna sa demeure… Tout se passa ainsi qu'il l'avait prévu. Il raconta à sa femme, qui lui demandait la raison de son front soucieux, qu'il était à la veille d'une échéance l'obligeant à un travail de nuit, et Iza, venant au-devant de ses désirs, lui dit en minaudant:

—Tu ne travailleras pas dans ton cabinet… seule, j'ai peur… Tu feras porter tes livres sur le guéridon du boudoir et tu travailleras près de moi.

—Oui, ma belle Iza, oui, quand mon cerveau, las de chiffres, voudra se reposer, j'irai vers toi, j'irai embrasser tes yeux clos.

—C'est bien ça!… vous veillerez sur votre esclave.

—Sur mon amour!

Et ils échangèrent un long regard…

L'heure du repos sonnée, Iza appela ses femmes et monta à sa chambre, pendant que Fernand prenait dans son cabinet quelques livres utiles pour justifier sa veille…

Lorsqu'il monta à son tour, Iza dormait; il fouilla les armoires et prit le petit sac de cuir de Russie, orné d'une garniture de platine. Le sac pesait lourd, il le porta dans le boudoir, ferma les portes de la chambre, laissa retomber sur elles les lourdes tapisseries, et évitant de faire du bruit, il revint vers le guéridon.