—Tu peux y compter…

—Tu arrives là-bas et tu dis que c'est à dix heures… qu'on est venu… On t'a réveillé, c'est pour ça que tu es tout chose… Ça t'a mis sans dessus dessous.

—Oui, oui, c'est ça… Mais tu viens avec moi?

—Naturellement… Enlevez alors… Partons!…

Sper prit le bras de Martin, et ils sortirent. Ils hélèrent une voiture et montèrent dedans. Sper dit au cocher d'aller doucement. Le grand air remit un peu le garçon de magasin, et, la raison lui revenant, il se trouva quelque peu embarrassé pour justifier sa négligence lorsqu'il allait voir son patron; mais Sper le conseilla.

—Voilà ce que tu vas dire: tu te couchais lorsqu'on est venu; il était dix heures; tu n'as pris que le temps de t'habiller; tu es monté en voiture et tu t'es fait conduire bon train. La personne a dit que, mal avisée par celui qui lui avait remis les valeurs à toucher, elle était venue trop tard; mais qu'au reste, puisque les valeurs étaient également touchables à Londres, où justement elle se rendait, elle les toucherait là-bas… qu'on n'avait qu'à aviser télégraphiquement la maison Wilson… mais qu'en cas où on voudrait passer jusqu'à onze heures et demie, elle serait à cette adresse, devant prendre le train de minuit quinze et le bateau de demain matin.

—Oui, j'ai compris… Mais répète-moi bien tout ça. Sper ne se fit pas prier et recommença.

—Oui, j'ai compris, mais il va me dire que j'aurais mieux fait d'attendre la rentrée du père Picard, puisqu'il est près de onze heures.

—Tu ne comprends rien; si nous avions été voir le père Picard, il aurait eu le droit de te faire des reproches, puisque c'est à six heures qu'on est venu et que tu aurais dû y aller immédiatement; si tu dis qu'on n'est venu qu'à dix heures, le père Picard te dira que tu aurais dû monter chez lui…

—Il peut toujours le dire…