—Écoutez, mon lieutenant, faites-moi une grâce: laissez-moi coucher là…

—Comment, dans ma chambre?

—Vous savez bien que je dors partout, moi, sur un fauteuil, sur le tapis…

Pierre Davenne eut un triste sourire en disant:

—Mon pauvre et bon camarade, tu ne crois pas à ma dernière résolution, tu crois que je veux t'éloigner…

—Eh bien, oui… j'ai peur de ça… Une fois seul, vous perdez la tramontane, ça vous prend, une cartouche; v'lan et ça y est… bonsoir les gabiers.

Davenne serra la main de son matelot, haussant imperceptiblement les épaules, et lui dit:

—Reste, Simon!… Demain, tu verras quelle campagne je te prépare et combien j'ai besoin de vivre pour la faire…

—Merci… Tenez, couchez-vous; je prends ce coin-là, un tapis qui est plus doux qu'un matelas.

Et le matelot se coucha aussitôt; il feignit de dormir et ne quittait pas de l'œil son lieutenant.