—J'ose pas vous demander ce que vous allez faire, dit le matelot en aidant son maître dans sa toilette… Vous ne voulez pas casser la tête du coquin… Vous ne voulez pas vous séparer de madame, et vous parlez d'enlever votre enfant.

—Je veux, Simon, que ma femme soit veuve…

—Hein! exclama le matelot.

—Je veux en mourant la châtier dans ce qui fait sa vie heureuse.

—Ah çà! bon sang! est-ce que j'ai du calfat dans les oreilles?… Vous voulez mourir pour punir madame… Autant aller vous promener et m'envoyer chercher… l'autre…

La nuit avait éteint dans la nature de Pierre les douleurs aiguës de la veille… Il ne ressentait plus de colère en entendant parler de sa femme et de son ami, la haine avait tout effacé; il reprit avec ce même sourire navré:

—Elle était pauvre, je l'ai faite riche; je veux la rendre veuve à la misère…à la misère qui rend laids ceux qui n'ont que le vice pour la combattre… Elle avait le respect et l'amour, je veux la laisser au mépris et à l'abandon de son… amant… Elle avait conservé une vertu, elle était mère… Je veux lui enlever son enfant, sans amis… avec la honte… et je la condamne à son amant dont je connais le cœur.

Le matelot se taisait effrayé, car il lisait sur le visage de son maître que tout ce qu'il avait dit était arrêté irrévocablement et serait exécuté… Mais il y avait dans tout cela un point contre lequel Simon protestait, et il dit:

—Tout ce que vous voudrez, mon lieutenant… Mais il y a une chose à laquelle je m'oppose absolument…

Pierre le regarda dans les yeux, mais le matelot continua: