Lorsque Pierre et le matelot arrivèrent dans cet étrange campement, tout semblait dormir; ils furent salués par un chœur d'aboiements de chiens; Simon, pour s'orienter, s'adressa au seul être qu'il vit accroupi devant une porte, un nain, vieux, laid, ayant une grosse tête noire sur un corps d'enfant. Il lui demanda:

—Dis donc, Mal-Venu, sais-tu où demeure Rigobert?

D'une voix profonde de basse, le nain répondit:

—Rigobert?…—le père sauvage, le tirangeur de brèmes?

—C'est ça… le sauvage… le ti… comme tu as dit… je ne sais pas…

—Là, au coin… la grande maison…

Le matelot était hésitant, il cherchait la grande maison! Ce que le petit monstre qualifiait ainsi était une hutte, une tanière épouvantable… Sur une rue percée dans l'imagination des gens, au milieu des champs, s'ouvrait devant un cloaque la porte étroite d'une cour non pavée, close par des planches provenant du déchirage d'un bateau; de nombreux clous montraient leurs dents et servaient à accrocher les loques qu'une lessive hâtive avait la prétention de nettoyer…

A droite était une écurie dont le fumier faisait tapis; devant une auge vide se dressait le squelette d'un cheval recouvert d'une peau pelée qui semblait trouée par les aspérités des os; sur le cuir, ayant usé le poil, les harnais avaient laissé leurs traces luisantes. A gauche était la voiture, l'entre-sort; au fond, ce que le petit monstre appelait la grande maison, était un hangar vitré, sans ligne, sans appui, bâti avec des débris de démolitions. Nous avons dit vitré, il faut ajouter que les vitres ayant été brisées, elles avaient été remplacées par de vieilles affiches, par des papiers de couleurs diverses; portes, fenêtres, vitres étaient rassemblées par à peu près; les araignées et les cloportes, aidés par la poussière, avaient comblé les assemblages mal joints.

C'est à la porte de cette tanière que Simon alla frapper.

La pluie de la veille avait défoncé les terrains, et les deux hommes pataugeaient dans un immense cloaque, ils entraient dans la boue jusqu'aux chevilles.