—Qu'est-ce que cette étrange fille qui nous a reçus…

—Une pauvresse que j'ai recueillie dans mes voyages… Il faut faire le bien quand on peut.

Pierre sourit malgré lui…

—Elle travaille avec moi, elle fait de la divination… elle tire les cartes…

—Quel âge a-t-elle?

—Elle l'ignore elle-même… Elle doit avoir dix-huit ans.

—Et pourquoi… puisque tu veux faire le bien, laisses-tu vivre dans ce milieu horrible une enfant de cet âge?… Ne penses-tu pas qu'elle peut se perdre à chaque instant…

—Se perdre, fit le vieux Rig étourdi, penchant sa tête et riant malicieusement, se perdre! Maître, vous croyez donc que la vertu traîne par le monde derrière nos baraques?

—Quoi, ce visage riant, ces grands yeux?…

—Maître…, quand j'ai rencontré Iza, c'était en allant de Widdin à la Sulina, je traversais un village que les Turcs avaient pillé huit jours avant… Iza, qui depuis quelque temps accompagnait les chefs de ces jolis soldats, lasse des inégalités de traitements qu'on lui faisait subir, se souvint qu'elle était chrétienne et qu'elle ne devait pas vivre avec ses ennemis… Elle se sauva, je la trouvai sur la route, presque morte de faim, craignant toujours de tomber aux mains de ceux qu'elle fuyait… Iza n'était pas née pour être vierge et martyre… Je la considère non comme une domestique, mais comme une ouvrière… je la paye, je la nourris, elle a son gîte indépendant du mien, elle est libre… elle a pour elle le quart de ce qu'elle me rapporte…