La brave femme regardait la veuve avec inquiétude. L'allure de Geneviève lui semblait étrange, et, rapprochant de cette constatation les événements survenus depuis la veille, sa curiosité s'éveilla et elle se promit d'arracher à la jeune femme au moins quelques mots qui pussent jeter un peu de lumière dans ces ténèbres.
Geneviève, l'œil fixe, attendait; elle pensait, elle aussi, aux incidents survenus depuis la veille…
La lettre de Fernand, sa rencontre avec lui, la scène terrible qui l'avait suivie…, les émotions cruelles par lesquelles elle avait passé, en remettant le pied dans la maison mortuaire… Elle se souvenait avoir senti sur ses lèvres le souffle de Fernand, elle avait des frissons en se rappelant l'impression de ses mains sur ses épaules…; puis, cette étrange apparition, que les divagations du fou lui avaient fait croire réelle.
Non, cela était impossible, matériellement. D'abord, un homme ne pouvait se présenter par une fenêtre après avoir brisé sans bruit un contrevent solide… Non, elle avait été victime d'une hallucination, suivie d'une prostration qui l'avait livrée au misérable, ou qui peut-être avait assez effrayé Fernand pour qu'il se débarrassât au plus tôt de son corps. Elle avait peur de sortir seule; c'est pour cela qu'elle se faisait accompagner, parce qu'elle sentait qu'il se tramait quelque chose autour d'elle.
Elle voulait aller à Charonne, elle voulait se renseigner sur ce que celui qu'on déclarait un fou lui avait dit…, et, si cela était vrai, elle sentait bien qu'elle croirait absolument tout ce qu'il avait dit. Heureusement, avant de se décider à la conduire elle-même, le vieux Rig lui avait donné l'adresse avec un renseignement positif qui lui permettait de trouver facilement la demeure. L'endroit où résidait sa fille s'appelait: la Maison du pendu.
Augustin revint bientôt, la concierge était déjà prête; Geneviève n'avait rien vu, rien entendu, absolument perdue dans ses pensées. Le vieille femme, la désignant d'un regard à son mari, mit son doigt sur son front et, hochant la tête, sembla dire:
—Il y a quelque chose là… C'est détraqué… Puis elle s'approcha et passa la main sur l'épaule de Geneviève. Celle-ci sursauta et dit:
—Vous m'avez fait peur…
—Il ne faut pas vous tourmenter comme ça, madame Davenne, vous broyez du noir… Voyons, je suis prête et la voiture est là…
—Oui, c'est vrai, fit Geneviève… Partons.