—Son but était que, tout le monde étant endormi à la maison, on ne le vît pas venir la nuit me dévaliser et me voler… J'avais encore de nombreux bijoux. Je le surpris les cherchant… Je me levai; il me les demanda, je refusai… Une scène épouvantable eut lieu; il me traita comme la dernière des femmes. Je lui répondis qu'en se mariant il savait ce qu'il faisait…, que je ne m'étais pas cachée… Alors il s'emporta, voulut m'étrangler. Je lui échappai et criai au secours, en me sauvant de la chambre dans le cabinet de toilette; il prit un revolver et tira sur moi en brisant la glace… Puis, ne m'ayant pas touchée, il courut pour me saisir dans le boudoir… Je ne sais ce qui arriva: il tomba; aussitôt je me précipitai dans ma chambre… Je pris la première robe venue, et presque nue, en pantoufles, je me sauvai… Voilà, monsieur!

—Eh bien, Séglin, qu'avez-vous à dire?

Fernand était effrayant à voir; ses yeux sortaient de leurs orbites, ses dents grinçaient, ses lèvres s'agitaient sans qu'il pût dire un mot. Les deux gardes avaient de la peine à le contenir… Tout à coup les plus affreuses injures sortirent de sa bouche.

—Misérable gueuse! Indigne créature! Tu mens! monstre d'infamie. Vous ne m'empêcherez pas de l'étrangler.

Et il se débattait avec une telle furie que le juge, effrayé, dit vivement:

—Sortez, sortez, madame… Nous sommes suffisamment édifiés…

Iza couvrit son mari de son même regard dédaigneux, qui monta lentement des pieds aux cheveux, et après avoir souri au juge en lui disant:

-Il ne me fait pas peur… Il m'avait habituée à de semblables scènes…

Elle sortit. Un agent entrait pour prêter main-forte aux autres; mais ce fut inutile. En même temps que sa femme se retirait, sa colère disparut pour faire place à une prostration complète; on fut obligé d'avancer un siège pour qu'il ne tombât pas… Le voyant calme, le juge dit:

—Vous avez entendu, Séglin; qu'avez-vous à dire?