—Vois-tu, c'est simple, tu es mort depuis longtemps, le coup a traversé les poumons, le sang t'a étouffé, tu n'as pu dire un mot… et tu es resté là… Mais le cœur… le cœur est bon, et tant que le cœur ne sera pas touché, il y a toujours de la ressource. Veux-tu?… Depuis trop longtemps tu es atteint pour que nous arrivions à te rendre, à travers les tissus, la respiration… Il faut rendre l'air à tes poumons sur le poumon même… Tu ne crois pas… C'est très facile… Tu vas voir… Viens… Tu ne m'en veux plus, Georgeo, n'est-ce pas?… Viens, tu vas voir celui-là.

Et le vieux Rig se leva sans bruit. Dans la chemise de l'infirmerie, trop longue et trop large pour lui, c'était moins qu'un fantôme; les coudes et les épaules avaient des angles aigus: c'était un squelette enveloppé de son linceul qui marchait sans bruit dans le dortoir, se faisant suivre par l'être invisible que le délire avait amené à son chevet, et lui parlant tout bas.

Le vieux Rig se dirigea vers l'armoire où il avait vu après la visite du docteur, le garçon de salle enfermer la grande trousse d'outils. Il prit la trousse, l'ouvrit, et de ses doigts longs et minces il choisit un scalpel, un bistouri et des ciseaux… Muni de ces outils, il se dirigea vers le lit de Fernand, il souleva les rideaux, et sans s'occuper du malheureux, semblant toujours s'adresser à quelqu'un qui se trouvait près de lui, il dit.

—Tu vois, il est mort, celui-là… Eh bien, regarde…

Il rejeta la couverture qui couvrait le paralytique, et de ses ciseaux coupa la chemise jusqu'au bas; puis il posa le doigt sur le cœur, en disant.

—Tout est là!

Si Rig avait eu sa raison, s'il avait pu voir à travers son délire, il se serait reculé épouvanté devant le regard du malheureux; les yeux sortaient presque de l'orbite, le regard était effrayant, et les cheveux se dressaient sur le crâne.

Dans l'infirmerie, on n'entendait que la respiration régulière et le ronflement sonore du gardien endormi.

Rig prit son scalpel et dit:

—Viens, penche-toi…