«Soyez le bienvenu, dit Sita. Qui êtes-vous?

—Madame, répondit l'Allemand, qui parlait assez purement l'hindoustani, je m'appelle Scipio Ruskaert, je suis docteur de l'université d'Iéna, et chargé par la Société géographique de Berlin de faire des études et d'écrire un mémoire sur la composition géologique, la flore et la faune des monts Vindhya. J'ai été attiré ici par la grande réputation de science et de générosité de l'illustre maharajah Corcoran, votre époux. Sa gloire et son génie sont déjà si connus, que....»

L'étranger avait trouvé le côté faible de Sita. Cette femme admirable, et presque unique en son genre, ne pouvait pas entendre de flatterie plus douce que l'éloge de son mari. L'Allemand lui parut aussitôt le meilleur et le plus sincère des hommes. Il admirait Corcoran; n'était-ce pas assez pour mériter toute confiance?

Après beaucoup de questions sur l'Europe en général, et sur l'Allemagne et la France en particulier:

«On m'assure, dit Sita, que vous êtes photographe. Qu'est-ce que cela?»

L'Allemand le lui expliqua, et dit qu'il s'entendait fort bien à faire des portraits.

Autre piége où Sita devait tout naturellement tomber. Quelle femme résiste au plaisir de voir sa propre image et de contempler sa beauté? Et, d'ailleurs, quel plaisir d'offrir à Corcoran, dès son retour, son portrait et celui de Rama!

En un clin d'oeil, l'Allemand disposa ses instruments, sa chambre noire et ses plaques, Sita prit Rama dans ses bras, quoiqu'il se débattit de toutes ses forces, et l'opération commença.

Tout réussit à merveille, et Sita, enchantée du succès de son idée, voulut qu'on donnât l'hospitalité à l'étranger jusqu'au retour de Corcoran.