«C'est moi, massa, moi Acajou, bon nègre.»

Le nouveau venu était un nègre de la plus grande espèce. Six pieds de haut. Ses bras étaient gros comme des jambes, et ses jambes comme des colonnes. Du reste, une figure pleine de bonhomie, qui riait en montrant ses dents blanches.

«Et que fais-tu là, toi aussi, Acajou, bon nègre que je n'ai jamais vu? demanda Corcoran.

—Moi garder le ballon en l'absence de massa Quaterquem, massa. Lui curieux, ajouta-t-il en montrant Scipio, moi fidèle; lui bien attrapé. Coup de revolver dans le bras.»

Effectivement, le sang coulait du bras du docteur Scipio Ruskaërt, mais il ne paraissait pas y faire attention; il s'apprêtait à faire face à un danger bien autrement terrible.

«Voyons, maître Acajou, dit Corcoran, raconte-nous comment l'affaire s'est passée, puisqu'il n'y a pas d'autre témoin que toi et l'éléphant, et que mon pauvre Scindiah n'a pas reçu du ciel le don de l'éloquence.»

Acajou ne se fit pas prier. Il fit passer de sa joue droite à sa joue gauche une chique qui le gênait un peu, et:

«Massa Quaterquem, dit-il, avoir confié à moi la garde du ballon. Moi, voyant ça, dormir de l'oeil droit, ouvrir l'oeil gauche de toutes mes forces. Lui (désignant Ruskaërt) monter sur le mur de l'arsenal, faire des signes à quelqu'un de l'autre côté du mur, sauter à bas de l'enceinte, fureter partout, écrire notes avec crayon, compter bombes, boulets; moi, très-étonné, ouvrir l'oeil droit et regarder avec attention. Lui, continuer sa marche, voir le ballon, venir vers moi et vouloir entrer et examiner ressorts mécaniques. Moi trouver lui trop curieux, prendre pistolet à ceinture, amorcer, viser et tirer, pan! juste quand il entrait. Lui, effrayé, vouloir se sauver par la grande porte, mais arrêté par Scindiah. Animal, Scindiah! mais pas bête!

—C'est bien, maître Acajou! dit Corcoran. Voici vingt roupies. Massa Quaterquem sera très-content de vous.»