—Bons Anglais! Ils veulent me faire une réputation. Voyons le Bombay Times

Il déplia le journal et lut ce qui suit:

«Maintenant que la révolte des cipayes touche à sa fin, il serait peut-être temps de rétablir l'ordre dans le pays des Mahrattes et d'infliger à cet aventurier français le châtiment qu'il mérite.

«On nous apprend que ce vil chef de brigands, soutenu par une bande d'assassins de toutes les nations, l'écume de la terre habitable, commence à s'établir solidement à Bhagavapour et aux environs. Non content d'avoir, par un crime atroce, ôté son royaume et la vie au vieil Holkar, il a, dit-on, eu l'effronterie d'épouser sa fille Sita, la dernière descendante des plus anciens rois de l'Inde, et cette malheureuse femme, qui tremble de subir un jour le funeste sort de son père, est forcée de partager le trône avec le meurtrier d'Holkar.»

—Bravo! très-bien! s'écria Corcoran. Cet Anglais débute d'une façon admirable. Ah! ah! il paraît qu'en effet ils se croient déjà les plus forts, puisqu'ils commencent à m'insulter.... Voyons la suite.

«.... Ce n'est pas tout. Ce misérable, qui s'est échappé, dit-on, du pénitencier de Cayenne, où il était enfermé avec quelques milliers de ses pareils, a mis tout le pays des Mahrattes en coupe réglée. Suivi d'une armée nombreuse, il parcourt, pille et rançonne, l'une après l'autre, toutes les provinces du royaume d'Holkar, mettant à feu et à sang tout ce qui ose résister....»

Corcoran jeta le journal.

«Voilà, dit-il, comme on écrit l'histoire. C'est par ces mensonges que lord Braddock, le gouverneur général de l'Inde, se prépare à m'attaquer.

—Seigneur, dit Sougriva, que comptez-vous faire?

—Moi! rien du tout. Si lord Braddock était homme à mettre habit bas et à s'aligner avec moi sur le terrain, l'épée à la main, je lui couperais la gorge comme il faut; mais ce gros milord ne voudra jamais risquer sa peau de seigneur.... Il faut le payer de même monnaie. C'est mon Moniteur de Bhagavapour qui sera chargé de répliquer.