«Moi voir Nini et Zozo! Bon maître, massa Quaterquem!
—Acajou, mon ami, nous irons voir Nini et Zozo à la fin de la semaine; aujourd'hui, nous avons d'autres affaires.»
XV
Une plaisanterie d'Acajou.
Les préparatifs du long voyage que Corcoran allait entreprendre avec son ami Quaterquem durèrent toute la journée. Il ne s'agissait pas, on se l'imagine de reste, d'emballer des vêtements ou des vivres, mais de cacher aux Mahrattes le départ du maharajah. Il fut donc résolu qu'on attendrait la nuit pour partir et que Sougriva seul en serait informé. Corcoran ne voulut pas même faire ses adieux à Sita, de peur de lui causer quelque inquiétude. Par bonheur, la nuit était fort sombre, et les deux amis, aidés du nègre Acajou, purent s'élever dans les airs sans être aperçus de personne.
Ici quelque lecteur, curieux de science, voudra connaître sans doute la forme et le moteur de ce ballon merveilleux.
Je suis forcé d'avouer (et, quelque question qu'on fasse, je ne pousserai pas l'indiscrétion plus loin) qu'il ne m'est pas permis de révéler le secret de cette admirable machine. Je puis dire seulement qu'après avoir longtemps étudié le secret du vol des oiseaux, l'inventeur reconnut, comme l'a fait plus tard le célèbre M. Nadar, la justesse du principe: Plus lourd que l'air, et qu'il abandonna complétement l'usage du gaz hydrogène et de ces immenses enveloppes qui offrent tant de prise au vent. En deux mots, la forme de son ballon (j'emploie ce mot impropre) n'est pas autre chose que celle de la frégate, le plus rapide de tous les oiseaux, qui franchit en quelques heures quinze cents lieues de mer. Quant au moteur, je dois à mon ami Quaterquem de garder le secret aussi longtemps qu'il jugera nécessaire de le garder lui-même[4].
Note 4: [(retour) ]
Le Mémoire adressé par Quaterquem à l'illustre Académie des sciences subsiste encore à l'Institut dans les cartons de l'Académie. Il porte le numéro 719, et le rapporteur, le savant et célèbre M. Bernardet, a daigné écrire de sa main l'apostille suivante: «L'auteur devrait être envoyé à Charenton.»
Au reste, un ciel sans nuages et une atmosphère transparente permettaient de voir et d'admirer jusqu'aux moindres détails du paysage. Quaterquem, assis au gouvernail à côté de son ami, se guidait au moyen des étoiles, aussi sûrement qu'un marin sur l'océan au moyen de la boussole, et désignait de la main les fleuves et les vallées.