L'île de Quaterquem.

Je ne dirai pas que Nini était la plus belle personne de l'île Quaterquem; ce ne serait pas assez dire, puisqu'elle était seule en l'absence d'Alice. J'irai plus loin, et je proclamerai que Nini était d'une beauté admirable. Il est vrai qu'elle avait la peau noire, mais d'un si beau noir! et les dents étaient si blanches! Le nez était un peu camard, il faut l'avouer, mais si peu! et les yeux étaient si beaux, si noirs, si pleins de tendresse et de douceur! Les lèvres étaient un peu épaisses. Pourquoi non? Aimez-vous mieux les lèvres pincées et serrées qu'on voit sous le nez de tant de Françaises et qui n'indiquent pas, je le crains, une grande bonté de caractère?

Naturellement, tout le reste de la personne était admirablement moulé. Phidias lui-même, qui était, dit-on, un connaisseur, n'aurait pas trouvé mieux.

La beauté de Nini était d'autant plus frappante, qu'elle n'avait pas surchargé sa personne d'ornements superflus.

Si l'on excepte un collier de corail, des pendants d'oreilles d'un grand prix, une dizaine de bagues placées indifféremment aux pieds et aux mains, et quatre bracelets qui entouraient les bras et se faisaient voir au-dessus des chevilles, Nini n'avait rien sacrifié à la vaine gloire. Elle n'avait ni corset, ni crinoline, ni bottines, ni brodequins, ni souliers, ni sabots, ni bas, ni pantoufles, mais elle était vêtue d'une robe de soie rouge qui faisait son orgueil et le bonheur d'Acajou.

Une seule chose lui manquait: c'était un anneau d'or dans son nez, et Acajou déplorait, comme elle, que massa Quaterquem et maîtresse Alice n'eussent pas voulu permettre cet ornement indispensable à la beauté.

Monsieur Zozo, âgé de deux ans à peu près, avait la couleur et la grâce de sa mère, à qui il ressemblait trait pour trait. C'était déjà un luron, fort hardi, qui criait comme un homme et plus qu'un homme, qui mangeait comme un loup, qui faisait claquer son fouet comme un postillon, qui léchait toutes les casseroles, et qui se rendait utile autant que possible en cassant les plats, les verres et les assiettes.

Du reste, un charmant enfant.

Ses vêtements, moins compliqués que ceux de sa mère, consistaient en une chemise courte qui laissait à nu ses jambes et ses épaules,—et un mouchoir de poche cousu par Mme Nini à la chemise de son fils, afin qu'il ne pût pas perdre l'un sans l'autre.