Corcoran s'assit sur la fenêtre et se disposa à descendre dans la rue en s'aidant des sculptures et des saillies de la muraille. Mais, tout à coup, le président le rappela.
«Eh! dit-il, capitaine, est-ce que vous allez nous laisser seuls avec Louison?
—Ma foi! répliqua Corcoran, il faut bien que quelqu'un passe le premier, et jamais Louison ne sautera si je ne lui donne pas l'exemple.
—Oui, reprit le président; mais si, quand vous serez descendu, Louison refuse de sauter?
—Ah! si le ciel tombait, répliqua Corcoran, bien des allouettes seraient prises. Une dernière fois, faut-il descendre, oui ou non?
—Faites descendre Louison d'abord, dit le président.
—C'est juste! reprit Corcoran. Mais si je prends Louison par la peau du cou et si je la jette par la fenêtre, Louison, qui est fantasque, ne m'attendra pas, et se mettra à courir dans les rues, et dévorera peut-être dix ou douze personnes avant que j'aie pu venir à leur secours. Vous ne connaissez pas l'appétit de Louison! Et justement il est quatre heures, et elle n'a pas fait son lunch. Car elle fait son lunch tous les jours à une heure après-midi, comme la reine Victoria. Sabre et mitraille! elle n'a pas pris son lunch aujourd'hui! Ah! maudite étourderie!»
Au mot de lunch, les yeux de Louison étincelèrent de plaisir.
Elle regarda l'un des académiciens, brave homme, bien portant, gros, gras, frais et rose, ouvrit et ferma deux ou trois fois les mâchoires et fit claquer sa langue d'un air de satisfaction. De l'académicien, son regard se porta sur Corcoran. Elle paraissait lui demander si le moment était venu de luncher. L'académicien vit ces deux regards et pâlit.
«Allons, dit Corcoran, je reste.... Et toi, ma belle, ajouta-t-il en caressant Louison, tiens-toi tranquille. Si tu ne lunches pas aujourd'hui, tu luncheras demain, parbleu! Il ne faut pas être sur sa bouche.»