—Que Dieu vous conduise, colonel, dit le Malouin, et ne revenez jamais, si ce n'est en ami. Louison, ma chérie, donne la patte au colonel.»
Dès le soir même, le traité fut rédigé et signé. Le lendemain, les Anglais se mirent en marche vers l'Oude, suivis jusqu'à la frontière par la cavalerie de Corcoran.
XIX
Conversation philosophique et intéressante sur les
devoirs de la royauté chez les Mahrattes. Oraison
funèbre d'Holkar.
Quinze jours après le départ des Anglais, Corcoran était rentré dans sa capitale. Il jouissait paisiblement avec la belle Sita des fruits de sa prudence et de son courage. Toute l'armée d'Holkar s'était empressée de le reconnaître comme souverain légitime, et les zémindars (gouverneurs de district) obéissaient sans répugnance apparente au gendre et au successeur du dernier des Raghouides.
«Or ça, dit-il un matin au brahmine Sougriva dont il avait fait son premier ministre, ce n'est pas tout de régner; il faut encore que mon règne serve à quelque chose, car enfin les rois n'ont pas été mis sur terre uniquement pour déjeuner, dîner, souper, et prendra du bon temps. Qu'en dis-tu, Sougriva?
—Seigneur, répondit Sougriva, ce n'était pas d'abord le dessein de Brahma et de Wichnou, lorsqu'ils créèrent les rois.
—Mais d'abord, crois-tu que la royauté vienne en droite ligne de ces deux puissantes divinités?
—Seigneur, répliqua le brahmine, rien n'est plus probable. Brahma qui a créé tous les êtres, les lions, les chacals, les crapauds, les singes, les crocodiles, les moustiques, les vipères, les boas constrictors, les chameaux à deux bosses, la peste noire et le choléra morbus, n'a pas dû oublier les rois sur sa liste.
—Il me semble, Sougriva, que tu n'es pas trop respectueux pour cette noble et glorieuse partie de l'espèce humaine.