«J'aurais mieux fait, pensa-t-il, d'épouser Sita et de chercher sans retard le fameux Gouroukamta que d'accepter ainsi sans réflexion l'héritage d'Holkar; mais enfin, le vin est tiré, il faut le boire. Il faudrait que je fusse bien malheureux pour n'être pas plus honnête homme que mon prédécesseur ou que le glorieux Aurengzeb. D'ailleurs, j'ai cru deviner, quand Barclay m'a quitté, que ce rancuneux Anglais, qui m'en veut de l'avoir mis à la porte de Bhagavapour, voudra tôt ou tard prendre sa revanche et reviendra avec une armée. Il faut être beau joueur et l'attendre de pied ferme. Qui vivra, verra.»

Puis se retournant vers Sougriva:

«Mon ami, dit-il, Louison et moi, nous ne sommes pas de ces gens qu'un rien effraye, et si outre le royaume d'Holkar, on nous offrait la Chine, l'Indo-Chine, la presqu'île de Malacca et tout l'Afghanistan à gouverner, nous n'en serions pas plus embarrassés. Je te montrerai dès demain que le métier de roi n'est pas difficile.

—Seigneur, s'écria Sougriva en réunissant ses mains en coupe au-dessus de sa tête, seigneur Corcoran, héros à la grande science, au visage clair et brillant, aux yeux plus beaux que la fleur du lotus bleu, que Brahma vous donne le bonheur d'Aurengzeb et la sagesse des Daçarathides!»

XX

Suite du précédent.

Deux jours plus tard on afficha dans les rues de Bhagavapour et dans toutes les villes du royaume la proclamation suivante:

«Le roi Corcoran à la noble, puissante et invincible nation Mahratte.

«Il a plu à l'être éternel, immortel, incorruptible et juste de faire rentrer dans son sein le glorieux Holkar après qu'il eut chassé devant lui ces barbares roux qui étaient venus d'Angleterre pour tuer les fidèles sectateurs de Brahma, emporter leurs trésors et emmener leurs femmes et leurs enfants en esclavage.

«Il a plu également au glorieux Holkar de m'adopter pour son fils et de me donner pour femme sa propre fille, ma bien-aimée Sita, la dernière descendante du noble Rama, le héros invincible, vainqueur de Ravana et des démons noctivagues.