Enfin, le 26 mai 1857, l'Académie étant en séance, on remit au président la carte d'un étranger qui demandait à être admis sur-le-champ.

Sur cette carte était le nom: Le capitaine Corcoran.

«Corcoran! dit le président. Corcoran! Quelqu'un connaît-il ce nom-là?»

Personne ne le connaissait. Mais l'assemblée, qui était curieuse comme toutes les assemblées, voulut voir l'étranger.

La porte s'ouvrit et le capitaine Corcoran parut.

C'était un grand jeune homme de vingt-cinq ans à peine, qui se présenta simplement, sans modestie et sans orgueil. Son visage était blanc et sans barbe. Dans ses yeux, d'un vert de mer, se peignaient la franchise et l'audace. Il était vêtu d'un paletot de laine alpaga, d'une chemise rouge et d'un pantalon de coutil blanc. Les deux bouts de sa cravate, nouée à la colin, pendaient négligemment sur sa poitrine.

«Messieurs, dit-il, j'ai appris que vous étiez dans l'embarras, et je viens vous offrir mes services.

—Dans l'embarras! interrompit le président d'un air hautain, vous vous trompez, monsieur. L'Académie des sciences de Lyon n'est jamais dans l'embarras, non plus qu'aucune autre académie. Je voudrais bien savoir ce qui embarrasse une société savante qui compte parmi ses membres, j'ose le dire,—mettant à part l'homme qui a l'honneur de la présider,—tant de beaux génies, de belles âmes et de nobles coeurs....»

Ici l'orateur fut interrompu par trois salves d'applaudissements.

«Puisqu'il en est ainsi, répliqua Corcoran, et que vous n'avez besoin de personne, j'ai l'honneur de vous saluer.»