Il avait à peine fini de parler lorsqu'une décharge générale de coups de fusil se fit entendre. Plus de soixante balles frappèrent à la fois le corps de l'animal sans entamer sa peau. Corcoran seul avait réservé son feu, et bien lui en prit.
Le rhinocéros, ébranlé enfin ou irrité par cette attaque, leva la tête, et se précipitant avec une promptitude et une roideur épouvantables, alla frapper de sa corne l'éléphant que montait Corcoran.
Sous ce choc imprévu, l'éléphant blessé chancela et essaya de saisir son ennemi avec sa trompe pour l'enlever de terre et le briser contre un arbre ou un rocher; mais le rhinocéros ne laissait aucune prise, et, d'un second coup de corne qui pénétra jusqu'au coeur, il renversa l'éléphant, qui tomba lourdement à terre comme un chêne déraciné.
En même temps le rhinocéros se dégagea de son adversaire et s'élança pour frapper Corcoran, qui venait d'être renversé comme sa monture.
La situation du capitaine était terrible. Les plus braves chasseurs n'osaient s'approcher, lui-même avait le pied engagé dans les harnais de l'éléphant et ne pouvait se tenir debout.
«A moi, Louison!» cria-t-il.
Heureusement la tigresse n'avait pas attendu cet appel. Elle suivait la chasse en amateur, et semblait venue seulement pour juger des coups. Mais dès qu'elle vit le danger où se trouvait son ami, elle s'élança d'un bond, tourna autour du rhinocéros, le saisit par les oreilles et le maintint presque immobile malgré tous ses efforts.
Grâce à ce prompt secours, Corcoran put se dégager et se trouva debout en face de son ennemi.
«Bravo! ma Louison, dit-il. Tiens-le bien.... c'est cela.... attends, laisse-moi chercher l'endroit vulnérable.... Ah! le voici.»
En même temps, il plaça le bout du canon de sa carabine dans l'oreille du rhinocéros et fit feu. L'animal, blessé à mort, eut une convulsion suprême, fit un effort qui rejeta Louison à quinze pas de là, sur les épaules de l'un des chasseurs, et tomba roide mort.