—Seigneur, dit Ali, c'est Rao. Il avait des intelligences dans le palais. La princesse a été saisie par des hommes embusqués qui ont poignardé la plupart de vos serviteurs, et qui l'ont emportée malgré ses cris et ses pleurs dans un bateau tout prêt. Ils l'ont transportée sur la rive opposée du fleuve, où Rao les attendait avec ses cavaliers, et tous ensemble sont partis, on ne sait dans quelle direction, car ils avaient eu la précaution d'amarrer à l'autre rive toutes les barques, de sorte qu'on n'a pas pu les poursuivre.»

Holkar, accablé par son malheur, n'écoutait plus rien; mais Corcoran, quoique vivement ébranlé par ce coup inattendu, ne songeait qu'aux moyens de reprendre Sita.

«Et, dit-il, d'où vient cette fumée que nous avons aperçue au-dessus de Bhagavapour?

—Hélas! seigneur Corcoran, répondit Ali, ces bandits, pour assurer le succès de leur crime, avaient mis le feu dans cinq ou six quartiers de la ville; mais on l'a bientôt éteint.

—Eh bien, dit Corcoran, il faut aller à la nage chercher des barques sur la rive opposée, et nous nous mettrons à la poursuite des ravisseurs.

—Seigneur capitaine, le mal est encore plus grand que vous ne croyez, dit Ali. Nous venons d'apprendre en même temps que l'avant-garde de l'armée anglaise est à cinq lieues d'ici, et c'est probablement ce qui donne à ce misérable Rao l'audace de venir nous braver jusque dans Bhagavapour. Déjà l'on a vu un détachement de cavalerie dans les environs.

—Eh! qu'ils viennent maintenant! s'écria Holkar désespéré, qu'ils prennent ma ville, mon trésor et ma vie. J'ai perdu ma fille chérie, qui seule donnait du prix à tout cela. J'ai tout perdu.»

Corcoran lui prit la main et d'un ton ferme:

«Soyez homme, mon hôte, dit-il, et reprenez courage. Votre fille est enlevée; mais elle n'est ni morte, ni déshonorée. Nous la retrouverons, je vous le garantis. Ah! pourquoi Louison n'est-elle pas restée près d'elle?... ce n'est pas elle qu'on aurait poignardée, effrayée ou corrompue comme ces malheureux esclaves.... Ce qui devait arriver est arrivé.... Holkar, je vous quitte.