VIII
Conversation émouvante de Louison et du capitaine
Corcoran avec le colonel Barclay.
Le colonel Barclay, qui faisait ce jour-là les fonctions de brigadier général, était l'un des plus braves officiers de toute l'armée des Indes. Il avait gagné fort péniblement tous ses grades, et n'avait jamais cessé, soit en paix, soit en guerre, d'être employé dans les missions les plus difficiles. Tantôt commandant un régiment sur la frontière, tantôt surveillant, avec le titre de résident, les démarches, le gouvernement et les préparatifs des princes tributaires de la Compagnie comme Holkar, il possédait la confiance des soldats, et il connaissait à fond tous les ressorts de la politique anglaise dans l'Inde. Mais n'étant frère, oncle, ou fils ou neveu d'aucun des directeurs de la Compagnie, il ne recevait que les missions rebutantes ou périlleuses.
C'est à ce titre qu'on l'avait chargé d'attaquer Holkar.
S'il réussissait, on tenait tout prêt un général de parade, bien apparenté, qui devait venir prendre le commandement de l'armée et recueillir le fruit de la victoire de Barclay. De là, chez le colonel, une mauvaise humeur continuelle et un juste ressentiment contre les favoris de la très-haute et très-puissante Compagnie des Indes, qui ne l'empêchait pas néanmoins de remplir rigoureusement tous ses devoirs militaires.
Lorsque John Robarts entra dans sa tente, le vieux Barclay se retourna et dit:
«Qu'y a-t-il de nouveau, Robarts?
—Nous avons fait une capture importante, colonel. C'est un Français, qui est, je crois, l'espion d'Holkar.
—C'est bien. Faites entrer.
—Mais, dit Robarts, il n'est pas seul.