En même temps il tira de sa poche un revolver et l'arma en un clin d'oeil.

Aussi prompt que lui, l'Anglais s'arma d'un revolver, et tous deux allaient faire feu à bout portant, lorsqu'un incident inattendu décida la victoire.

Au bruit sec des deux revolvers qu'on armait, Louison comprit qu'on allait se battre. Elle bondit brusquement sur la croupe du cheval de l'Anglais, qui se cabra et désarçonna son cavalier; grand bonheur pour celui-ci et pour notre ami Corcoran, car à la distance où les deux adversaires étaient l'un de l'autre, les deux cervelles risquaient de sauter ensemble, comme les bouchons de deux bouteilles de vin de Champagne.

Cependant l'Anglais tira son coup de pistolet, mais la balle, détournée de son but par le bond prodigieux de Louison, emporta le chapeau d'un autre gentleman qui s'était avancé pour saisir Corcoran.

«Brahma et Vishnou!» cria tout à coup celui-ci.

A ce signal, Sita donna un coup d'éperon à son cheval, qui partit lancé comme une flèche. Corcoran la suivit en écartant rudement de la main un Anglais qui voulait le retenir; et Louison, voyant ses deux amis en fuite, s'élança sur leurs traces. A peine eut-on le temps de tirer sur eux cinq ou six coups de pistolet, dont un seul blessa le cheval de Corcoran.

Quant aux cipayes indiens qui conduisaient le chariot et qui étaient armés comme leurs maîtres, pas un ne bougea, soit pour aider Corcoran, soit pour le faire prisonnier.

Un seul, le brahmine Sougriva, à qui tous paraissaient obéir, fit faire aux chariots une manoeuvre assez singulière, qui retarda pendant trois ou quatre minutes la poursuite des Anglais. Il feignit de vouloir détourner le chariot qui occupait la tête de la colonne, et, dans son empressement, il le fit verser en travers du chemin.

Aussitôt les autres Indiens, comme s'ils avaient obéi à un mot d'ordre, quittèrent leurs chariots et vinrent se grouper autour de celui qui était renversé, remplissant l'étroit passage, enchevêtrant leurs chariots et leurs chevaux de trait l'un dans l'autre, et forçant les Anglais à s'arrêter devant ce mur vivant d'hommes et d'animaux.

Au même instant arrivaient les cavaliers partis du camp pour courir à la poursuite des fugitifs. En tête galopait le bouillant John Robarts.