Et elle tira de sa ceinture un petit flacon qui contenait un de ces poisons subtils dont l'Inde est remplie.
«Voilà, dit-elle, ce qui me sauvera de la servitude et du déshonneur d'épouser ce traître Rao.»
Comme elle finissait de parler, Corcoran entendit un bruit léger comme le sifflement du cobra capello, ce terrible serpent de l'Inde. Il se leva brusquement, mais Sita lui fit signe de se rasseoir.
À ce sifflement succéda le cri du colibri, puis un bruit de feuilles froissées.
«Qu'est cela! dit Corcoran.
—Ne craignez rien. C'est un ami, répliqua Sita, je reconnais ce signal.»
En effet, après un court instant, une voix d'homme chanta doucement ces vers du Ramayanâ, par lesquels le roi Djanaka présenta la belle Sita la Vidéhaine, sa fille, à Rama, son fiancé:
«.... J'ai une fille, belle comme les déesses et douée de toutes les vertus; elle est appelée Sita, et je la réserve comme une digne récompense à la force. Très-souvent, des rois sont venus me la demander en mariage, et j'ai répondu à ces princes: Sa main est destinée en prix à la plus grande vigueur....»
Sita se leva alors, et récita, comme une réponse à la question qui lui venait du dehors, les belles paroles que la Vidéhaine adresse dans le poëme de Valmiki à Rama, son époux, lorsque, par la perfidie de Kékegi, ce héros invincible fut envoyé en exil et privé du trône:
«.... O toi, de qui les beaux yeux ressemblent aux pétales du lotus, pourquoi ne vois-je pas le chasse-mouche et l'éventail récréer ton visage, qui égale en splendeur le disque plein de l'astre des nuits?...»