—Ah! dit Audinet d'un air fin, c'est Mlle Claudie....
—Oui, monsieur le secrétaire général, répondit la jeune fille, qui sentit le coup. C'est moi-même.»
Le Parisien les observait tous deux sans rien dire et commençait à concevoir de grandes espérances. Audinet sortit plein de fureur contre son rival et contre Claudie. C'était un entêté mortel que le fils aîné du colonel Malaga; il aimait Claudie, et il était prêt à la disputer à son rival par tous les moyens que le Code tolère, faute de pouvoir s'y opposer.
La conversation devint générale après le départ du secrétaire général, et ne fut interrompue que par l'arrivée du colonel Malaga et de quelques voisins à qui Mme Bonsergent offrit du thé. On dressa une table de whist, les gens graves commencèrent à jouer, et Brancas s'assit à côté de Claudie.
Il y eut d'abord un assez long silence, que Claudie interrompit en demandant d'une voix brusque et saccadée:
«À quelle époque est fixé votre mariage?»
Brancas tressaillit.
«Quel mariage? dit-il. On me marie donc?
—Pourquoi rougissez-vous? dit Claudie. Il n'y a pas de honte à se marier. Le mariage n'est-il pas le plus beau de tous les sacrements?
—Je ne rougis pas, répliqua le Parisien, et je tiens comme vous que le mariage est le plus beau des sacrements; mais encore, pour se marier, faut-il être deux, et je ne sais pas même si nous sommes un.