Tout le monde éclata de rire. Le convive, par modestie, se cacha le nez dans sa serviette.
«Oui, tous les Français sont des héros! reprit Brancas.
—Hum! hum! grommela le colonel.
—C'est fort simple, dit l'avocat. N'êtes-vous pas vous-même un héros? J'en appelle à toute l'assemblée. N'avez-vous pas, quinze ans durant, sabré à droite et à gauche, et percé, fendu, cassé ou écrasé des centaines de têtes, de bras ou de jambes dont vous n'aviez jamais connu les propriétaires? N'est-ce pas là ce qui fait le héros? Vous êtes un héros monsieur, le major Bonsergent est un héros; qu'on vous donne l'armée à commander, vous vaincrez à Iéna, à Wagram, et vous entrerez dans Moscou comme dans un moulin. J'en jurerais. N'êtes-vous pas français; n'êtes-vous pas invincibles? Si Napoléon seul a pris place sur la colonne, c'est qu'on ne pouvait pas y mettre toute la grande armée.
—Quelle nation nous sommes!» dit un marchand de soieries.
Les électeurs étaient charmés. Oliveira s'en aperçut et dit tout bas au conseiller d'État:
«Mon gendre est un peu froid, mais il va bien.» Athanase qui vit le triomphe de son ami, voulut en prendre sa part.
«L'empire du monde est à la France, dit-il d'une voix sonore et imposante. Les druides même l'ont prédit.»
Toute l'assemblée resta indécise, croyant à une plaisanterie.
«Que veut-il dire, avec ses druides? demanda le marchand de soieries.