—Tu es habile?
—Oui, assez.
—Allons, tant mieux, répliqua Ripainsel qui cacha son inquiétude sous un air de bonne humeur. Tire le premier, si tu peux, et coupe-lui le nez proprement. Veux-tu te faire la main d'avance? J'ai là d'excellents pistolets de tir.»
La soirée se passa en exercices de cette espèce. Brancas cherchait à tromper sa colère et son désespoir. Il ne put s'empêcher de confier à son ami la querelle qu'il avait eue le matin avec Claudie, et le fâcheux résultat de sa crédulité. Athanase haussa les épaules.
—C'est un orage qui passera, dit-il. Claudie veut se faire valoir. C'est fort bien fait. Cela t'apprendra à ne jamais croire ce que tu vois, et à obéir; disposition excellente pour entrer en ménage. Je veux qu'on m'empale si jamais il m'arrive de soupçonner Rita.
—Tu es donc bien avant dans ses bonnes grâces?
—Aussi avant qu'on puisse l'être, ami de mon coeur, répondit Athanase. Tous les jours je la vois, je lui dis que je l'aime, elle rit; que je veux l'épouser, et elle refuse en riant; hier, en parlant, j'ai baisé la main qu'elle me tendait à l'anglaise pour la serrer. Elle m'a fermé la porte au nez. Si ce n'est pas là de l'amour je ne m'y connais plus. Oliveira ne voit rien ou ne veut rien voir, et ton oncle lui-même, le conseiller au crâne beurre frais, en prend son parti et ne me fait plus mauvais accueil.
—Heureux garçon! dit Brancas en soupirant.
—Va, ton tour reviendra, dit Athanase; en attendant, buvons frais; la joie est au fond des pots.»
Brancas suivit son conseil, mais la tristesse le gagnait.