—Ma foi, dit Quaterquem, ce n'est pas sa faute. Nelson faisait tirer sur lui, il a tiré sur Nelson. Mon père était un brave matelot qui faisait son métier à bord du Redoutable, à Trafalgar. Quand le Victory que montait Nelson aborda le Redoutable, mon père qui était dans les hunes, aperçut l'amiral, le visa et, comme il était bon tireur, il le tua d'un coup de fusil.»

La vieille Anglaise poussa un soupir et se couvrit les yeux de son mouchoir. Les yeux d'Alice brillaient d'impatience. On y lisait clairement: «Mon cher monsieur, vous venez de dire une sottise.» Quaterquem s'en aperçut et perdit contenance. Heureusement, la jeune fille vint à son secours.

«Consolez-vous, chère mère, dit-elle, nous sommes tous mortels, et ce héros invincible, s'il avait échappé aux balles françaises, n'aurait pu, néanmoins, vivre éternellement. Sa mort fut bien vengée!

—Hélas! ma chère Alice, tu sais aussi bien que moi combien toute notre famille a perdu dans cette mort funeste.

—Pardonnez-moi, dit Quaterquem, si je vous rappelle sans le savoir un souvenir douloureux.

—Monsieur, dit Alice, vous ne pouvez pas comprendre le chagrin de ma mère. C'est un secret de famille.

—Mon pauvre père avait bien besoin, pensa Quaterquem, de tirer un coup de fusil à ce chien d'Anglais pour que ce malheureux coup de fusil me brouillât dès les premiers mots avec une «vieille folle!»

Il y eut un silence de quelques minutes. Quaterquem, fort embarrassé de sa personne, feignait de lorgner toutes les loges. Tout à coup, la vieille dame reprit l'entretien.

«Monsieur, dit-elle, vous m'accorderez, je crois, que la patrie de Nelson et de Wellington sera toujours le premier pays du monde.»

L'obstination de l'Anglaise fit sourire Quaterquem et lui rendit quelque espérance.