—Bien parlé, major! Sur ma parole vous étiez né orateur, mais vous avez échoué par la jalousie de Napoléon, qui n'aimait pas les bavards.... Où donc en étais-je!
—Tu disais, dit Brancas, que les représentants doivent, pour bien faire, représenter à un degré suprême les représentés; c'est-à-dire, je suppose, que le député des bossus doit être bossu, et celui des boiteux, brancroche.
—Oui, c'est cela. J'ai ajouté que tous les électeurs sont idiots.
—Même ceux qui ont voté pour toi aux dernières élections?
—Ceux-là, surtout. Tire maintenant la conclusion.
—C'est facile. L'électeur est idiot, donc le député est idiot; mais que dire de celui qui, n'ayant pas été trouvé assez idiot pour obtenir au premier scrutin, les suffrages de ces idiots, s'occupe de les mériter?
—Mon cher ami, dit Athanase, je respecte la logique. C'est l'art de dire de grandes sottises qu'on aurait de la peine à trouver sans elle. Ne pousse pas trop loin cet art admirable. Maintenant je reviens à nos moutons. Tu étais étonné de la stupidité de nos gouvernants. À propos de quoi, je te prie?
—À propos du vin de Champagne.
—Qu'y a-t-il de commun entre le vin de Champagne et le gouvernement?
—Tu vas voir. Connais-tu l'économie politique?