—Ne parlons pas de cette querelle, répondit-il avec émotion. Je voudrais, mademoiselle, vous donner ma vie tout entière.»

Elle fit un mouvement d'inquiétude. Il s'en aperçut.

«Pardonnez-moi ma hardiesse, dit-il tristement. Je mourrais de douleur si j'avais pu vous offenser, et je vois que vous vous défiez de moi. Que faut-il que je fasse pour vous rassurer?»

Elle garda le silence.

«Je vous entends, mademoiselle. Vous voulez que je vous quitte. J'obéis. Peut-être avez-vous un frère ou un père que vous craignez d'inquiéter? Hélas! regardez-moi: qui pourrait prendre ombrage d'une si effroyable laideur? Quelle femme n'est pas en sûreté près de moi? Souffrez que je vous accompagne, ou tout au moins que je vous suive. Tout à l'heure, vous avez pu voir à quel danger vous étiez exposée.

—Monsieur, dit-elle en souriant, je ne puis accepter votre offre généreuse. Il y a loin d'ici à Passy.

—Quoi! vous allez seule à Passy, et vous ne craignez pas les rôdeurs de barrières?

—Hélas! monsieur, je crains tout; mais que puis-je faire? Je suis ouvrière, seule à Paris depuis trois semaines, et je travaille dans un magasin de lingerie. Je n'ai d'autre famille qu'une tante qui est fruitière à Passy, et qui m'a élevée. Ce soir, elle m'écrit qu'elle est malade, et qu'elle me prie d'aller la voir. Si j'y manquais, elle croirait que je la néglige et que je l'aime moins, elle qui a pour moi toute la tendresse d'une mère. On n'a voulu me laisser sortir qu'après dix heures et la fermeture du magasin.

—Voilà, pensa Claude, une histoire bien naturelle. Ai-je affaire à une Agnès ou à une femme trop habile? Mais quel intérêt peut-elle avoir à me tromper?—Mademoiselle, dit-il tout haut, la nuit est belle, le clair de lune est magnifique. Peu importe que j'aille à Passy ou à Saint-Mandé. Permettez-moi de vous accompagner; la route n'est pas sûre. Ayez confiance en moi. Je vous jure qu'au premier signe je serai prêt à vous quitter.»

La jeune fille hésita quelque temps et prit le bras de son compagnon.