—Non; peintre de paysages.

—De paysages? Qu'est-ce que cela? Excusez mon ignorance, monsieur, j'en suis toute honteuse; mais je n'ai jamais appris qu'à lire, à écrire, à faire les comptes de ma tante et à coudre des chemises.

—Vous savez coudre, dit Claude avec enthousiasme, et vous parlez de votre ignorance! Allez, vous êtes trop modeste! Combien de demoiselles, élevées à grand frais loin des yeux de leurs mères, devraient aller à votre école! Pieuse et sainte ignorance! Plût à Dieu que toutes les filles de France fussent aussi ignorantes que vous, elles trouveraient plus aisément des maris.

—Je vous crois, monsieur, sans savoir pourquoi; mais vous ne répondez pas à ma question. Qu'est-ce qu'un peintre de paysages?

—Pas grand'chose, ma chère enfant. C'est un pauvre homme qui ne sait ni semer le blé, ni le moissonner, ni le moudre, ni le faire cuire, ni bâtir une maison, ni raboter des planches, ni tracer un chemin, ni ferrer un cheval, ni forger, ni faire aucun métier qui serve à qui que ce soit.

—C'est donc un fainéant?

—Point du tout. C'est un des êtres les plus occupés de la création. Ce que Dieu a fait, il l'imite, et, quand il a fait assez fidèlement le portrait d'un pré, d'une étable et de deux cochons, on dit qu'il a du génie. C'est un Poussin, un Claude Lorrain, un Ruysdaël.

—Pardonnez-moi, monsieur, de vous interrompre sans cesse. Vous disiez donc que vous vous étiez fait peintre de paysages?

—Oui, et j'eus le malheur de réussir. Mon père mourut peu de temps après, désespéré de voir que je renonçais pour toujours aux demi-lunes et aux contrescarpes, et aux épaulettes qui en sont la suite naturelle. Depuis sa mort, je vis seul. Le grand peintre dont j'étais l'élève est mort lui-même, et je n'ai point d'amis parmi mes camarades.

—Pourquoi, monsieur? Vous paraissez si bon et si obligeant!