—Juliette! Juliette! que ce beau nom est doux!»

Les deux promeneurs approchaient de Passy. Claude était ravi de l'extraordinaire naïveté de la jeune fille. La naïveté n'est pas le défaut des Parisiennes ni peut-être des femmes de France, à quelque degré de l'échelle qu'on les prenne. Il offrit à Juliette de faire son portrait secrètement, et de l'offrir à la vieille tante le jour de sa fête; il prit l'intérêt le plus vif au récit de tous les petits chagrins de la jeune fille, et des persécutions de ses camarades, qui se moquaient de sa simplicité; enfin, il obtint la promesse qu'elle viendrait le voir dans son atelier le dimanche suivant, et qu'il pourrait commencer son portrait ce jour-là.

Il était temps, car ils arrivaient à la porte de la fruitière. Claude, le coeur pénétré d'une joie inconnue, offrit d'attendre la jeune fille; mais elle le remercia de son offre obligeante.

«Demain matin, dit-elle, je retournerai à Paris en omnibus.»

Claude partit comme un trait et courut jusqu'au matin dans les bois de Saint-Cloud et de Ville-d'Avray. Il criait, il chantait, il bondissait, il se livrait à toutes les folies que connaissent les jeunes gens qui ont le bonheur d'aimer.

«Dieux immortels! s'écriait-il, je ne suis plus le laid, le difforme, le triste Quasimodo, le rebut de l'espèce humaine. J'aime, et l'amour m'a fait ton égal, ô puissant Jupiter!

L'amour est le plus puissant des dieux! O resplendissantes étoiles, mondes lointains qui roulez à travers les espaces, parmi les êtres innombrables qui vous habitent, y eut-il jamais un être vivant plus heureux que moi? Que me manque-t-il aujourd'hui? Qu'elle m'aime à son tour, que j'enseigne l'amour à cette jeune âme ignorante et vierge! Y réussirai-je?»

En rentrant chez lui, il esquissa de mémoire le portrait delà jeune fille et la représenta donnant le bras à un homme qui tournait le dos au spectateur. Comme il terminait cette esquisse, un de ses anciens camarades d'atelier entra.

«Bonjour, Claude.

—Bonjour, Buridan.»