—En effet, dit Kabardantès, tes oreilles tiennent à mes mains plus qu'à ta tête.
A ces mots, le Chinois retomba lourdement à terre. Ses oreilles étaient restées aux mains de Kabardantès. Il se releva à moitié mort, et essaya de s'enfuir; mais le Tartare le retint:
—Rédige, lui dit-il.
—Seigneur, dit le Chinois tremblant, je vais vous obéir. Daignez me faire donner un peu d'eau fraîche pour baigner ma blessure.
—En effet, mon pauvre ami, comme te voilà saignant.
Et il ordonna d'aller chercher du vinaigre, dont on épongea les oreilles du Chinois, ou plutôt la place où elles avaient été. Le malheureux poussait des cris affreux, mais il fut forcé de subir cette opération.
—Maintenant, dit Kabardantès, as-tu l'esprit bien présent et la pleine possession de tes facultés?
—Assurément, seigneur, s'écria le Chinois redoutant quelque mystification nouvelle.
—Eh bien, écris: «Chien de Pierrot...» Qu'as-tu à me regarder comme un imbécile?
—Majesté, dit le Chinois, Pierrot n'est plus à l'armée.