—Et toi, dit Vantripan à Pierrot, ne lui garde pas rancune. Il n'a pas cru mal faire. Il est un peu étourdi, mais au fond il a bon coeur, je te le garantis.
—A votre sollicitation, Majesté, dit Pierrot, je lui pardonne, mais qu'il n'y revienne pas.
—J'y veillerai, dit Vantripan, heureux d'avoir apaisé son grand connétable; et maintenant, amis, mettons-nous à table.
Cette scène se passait quelques jours avant la proposition qu'Horribilis fit à Pierrot de détrôner Vantripan. Il est aisé de comprendre si Pierrot devait se défier de ce prétendant à la couronne. On comprend aussi la fierté de notre héros lorsqu'il entra dans la cour du palais, monté sur Fendlair. Vingt pages le précédaient, et, comme au convoi de Marlborough, l'un portait son grand sabre, l'autre portait son bouclier, l'autre ne portait rien.
Pierrot mit pied à terre dans la cour et monta lentement les degrés, la tête haute, le regard assuré, comme un vrai fils de Jupiter. C'était l'heure du dîner. Il entra dans la salle à manger sans être annoncé. A cette vue, le gros Vantripan remplit sa coupe d'or d'un vieux vin de Chio de l'année de la comète, et l'élevant au-dessus de sa tête:
—Dieux immortels! s'écria-t-il, soyez bénis, vous qui m'avez donné à boire du vin de Chio et à aimer un tel ami. A ma santé, Pierrot! As-tu faim?
—Non, Majesté.
—As-tu soif?
—Non, Majesté.
—Par Brahma! qu'as-tu donc avec ta mine solennelle?