Enfin chacun faisait son métier en conscience. Pour moi, en l'absence de M. Bouchardy, mon patron, qui lisait son journal après déjeuner, au fond du jardin, je venais de distribuer le travail à mon lieutenant et à mon sous-lieutenant, je veux dire au second et au troisième clercs, et je réfléchissais lorsque midi sonna.
Je pris mon chapeau après l'avoir brossé avec soin de peur que mademoiselle Angéline fût debout à la fenêtre occupée à regarder la rue, le paysage et les passants, et je sortis en recommandant à mes deux subordonnés de travailler avec ardeur.
L'un d'eux, aussitôt que j'eus le dos tourné, répondit à cet exhortation:
—Qu'est-ce qu'il nous veut, ce Trapoiseau? Qu'on lui fasse sa besogne?...
Et il ajouta d'un air indigné:
—Ah bien oui! il peut se fouiller?
Et l'autre, ne trouvant pas cette pensée assez énergique, ajouta d'une voix retentissante:
—Malheur! Oùs qu'est mon fusil?
Mais, comme vous pensez bien, je ne fis pas semblant d'entendre. Ce n'est pas pour rien qu'on a le plaisir de commander. Ceux qui obéissent vous font payer cher leur obéissance. Je le sais, depuis longtemps et pour cette raison je commande le moins possible.
Je sortis donc et j'allai retrouver l'éternelle ratatouille de mouton aux pommes de terre qui faisait, comme je l'ai dit déjà, le fond de la cuisine de ma mère.