En même temps elle montra le poing à la maison Forestier, reprit haleine un instant et ajouta:
—Ils lui ont coupé le cou; mais je le leur couperai à mon tour! Ah les gueux! Ah! les gueux! Pauvre chéri! Quel mal leur a-t-il jamais fait? Il allait chez eux tous les jours, il était bon comme le bon pain, il les aimait tant! Je lui disais bien: «N'y va pas, mon chéri! C'est tous de méchantes gens, de la canaille, de la bouaille! Ça n'a pas pour deux sous de cœur! Ça ne vit que pour boire et manger! Ça se fait servir des saumons de vingt livres et ça n'a pas seulement mille écus à donner en dot à leur fille!» Il n'a pas voulu m'écouter, et le voilà, il est mort maintenant; ils lui ont coupé le cou, les misérables! Mais qu'ils y viennent donc pour m'en faire autant! c'est moi qui les recevrai!
De la main droite elle brandissait un long et large couteau de cuisine pendant que de la gauche elle montrait avec le geste tragique de Niobé le corps de la malheureuse victime, déposé dans l'intérieur de la maison.
Je m'approchai très inquiet et je demandai à l'une des femmes qui étaient là:
—Qui est-ce donc qu'on vient d'assassiner?
Alors, avant que la femme pût répondre, la grosse et courte Mihiète se montra à la fenêtre du premier étage et cria:
—Fallait pas qu'il passât par-dessus le mur de notre jardin! Madame l'avait défendu; c'est bien fait!
Cette réponse me fit trembler pour Michel. Je demandai à Marion:
—Vraiment! Est-ce qu'il est mort?
Elle cria en sanglotant: