—Je comptais n'être pas obligé d'expliquer à mon honorable confrère que les tectrices caudales sont ces belles plumes molles qui couvraient et entouraient comme d'un épais et resplendissant bouclier la queue du malheureux César.

Je fis une pause comme si j'étais suffoqué par l'émotion, et j'ajoutai en poussant un profond soupir:

—Malheureusement, ce bouclier ne l'a pas préservé des coups d'un lâche assassin.

Alors M. le juge de paix me dit avec bonté:

—Voyons, monsieur Trapoiseau, expliquez-nous comment il a péri. Ces dames brûlent d'envie de l'apprendre.

Je répliquai:

—Il a péri, monsieur le juge de paix, comme tout ce qui est beau et bon en ce monde,—sous les efforts réunis de la haine et de l'envie.

Puis, d'un ton moins élevé et qui ne visait plus à la haute éloquence, je racontai les circonstances présumées de l'événement, l'entrée de César dans le jardin de Mme Forestier où sans doute on l'avait attiré par de perfides caresses, et sa mort violente que je comparai en finissant à celle du jeune Conradin, qui était venu réclamer son héritage à Naples et qu'on avait fait décapiter.

—Son héritage! reprit Néanmoins. Entendez-vous par là, maître Trapoiseau, le grain qu'on donne à nos poules?

Comme j'allais répliquer vivement, M. le juge de paix prit la parole et dit à mon adversaire, qui déjà retroussait ses manches pour mieux montrer la blancheur de ses manchettes: