—Il faut rentrer et dormir, me dit Michel; maintenant que les bans d'Hyacinthe sont publiés, je n'ai plus besoin de me cacher; au contraire! A propos, garde-moi le secret, et tiens-toi prêt à me voir égorger le gros Francis!
Je promis, et l'accompagnai jusqu'à la porte de sa maison. Comme il allait entrer, une lumière parut dans la maison Forestier et descendit l'escalier. Nous entendîmes un bruit de voix. La grande porte s'ouvrit et nous n'eûmes que le temps, Michel et moi, de nous cacher dans une encoignure pour n'être pas vus.
Le président et ses deux fils, le receveur et le sous-préfet, descendaient tous trois ensemble. Le sous-préfet donnait le bras à sa femme, Francis et son père échangeaient les dernières politesses avec la famille Forestier.
—Au revoir, mon cher ami, disait le président.
—A demain, répondait le député.
Francis saluait sa future belle-mère avec déférence, et sa fiancée avec toute la grâce dont il pouvait disposer. Au fond, il la trouvait jolie, on lui promettait une belle dot; peut-être, par le crédit de son futur beau-père, deviendrait-il trésorier payeur général du département; c'étaient bien des raisons de la trouver admirable.
Quand à madame Forestier, elle recevait ses compliments avec une condescendance affectueuse.
Pour Hyacinthe, elle était polie, souriait d'un air incertain, les yeux baissés comme une demoiselle élevée dans un couvent de choix, et ne dit pas une parole intelligible.
—Alors le mariage est fixé le 1er juillet? dit le vieux Vire-à-Temps pour conclure.
—Si vous voulez, répondit Forestier.