—Rien! ce n'est rien! répliqua le malheureux.
—Mais si! mais si! J'entends qu'on parle de...
—De rien, Rosine! Et si l'on parle, je veux que tu te taises... Après tout, c'est toi qui m'attires tous ces affronts. Si tu n'avais pas...
Il s'arrêta, effrayé de sa propre audace.
—Si je n'avais pas... quoi?... Réponds donc! s'écria Rosine, en se plantant, les yeux étincelants, devant son mari.
Les fenêtres étaient ouvertes, à cause de la saison, et toutes les voisines regardaient et écoutaient, de sorte qu'aucun détail de la scène ne fut perdu pour le public.
—Osez donc dire, monsieur, ajouta la bouillante dame, osez dire que vous avez contre moi le moindre sujet de plainte. Osez dire que j'ai manqué au moindre de mes devoirs, quelque occasion qui se soit présentée, et Dieu sait si elles ont manqué!...
—Ma bonne amie, je t'en supplie... Qui est-ce qui te parle de ça? Par grâce, laisse-moi tranquille!
—Vous ne m'en parlez pas, monsieur Forestier; mais c'est pour cela que je vous en parle, moi! C'est une honte qu'une femme telle que moi soit exposée à de pareils affronts, par la lâcheté et l'imbécillité de son mari. Oui, c'est une honte, une véritable ignominie! Avoir épousé un courtaud de boutique, car vous n'étiez pas autre chose, monsieur Forestier, lui avoir porté en dot plus de cent mille écus, l'avoir vu se ruiner dans des entreprises insensées; avoir alors pris le gouvernail, relevé ma fortune compromise, assuré l'avenir de ma fille; vous avoir fait nommer vous-même député, malgré votre incapacité reconnue, le préfet, M. de Walpurgis me l'a dit bien souvent: C'est vous qu'on vient d'élire, madame, et non votre mari, et voir en récompense que vous n'osez même pas me défendre contre d'infâmes propos qui vous offensent plus que moi... Ah! tenez, c'est cela qui me fait bondir le cœur... Vous n'êtes donc pas un homme! Vous n'avez donc pas de sang dans les veines! vous êtes donc un lâche!
M. Forestier s'essuya le front.