Aristide savait tout ce qu'il faut savoir: qu'on doit aimer ses amis, cogner ses ennemis (comme il fit le jour où le petit Carbeyrou, ayant attaché un fagot d'épines sous sa queue, il lui cassa trois dents d'une ruade), respecter le bien d'autrui, honorer les puissants, c'est-à-dire se ranger sur le passage de la diligence, de peur d'être accroché; braire galamment à la vue des bourriques, ce qui est un hommage à leur beauté; traîner une carriole pesamment chargée; faire enfin tout ce qui concernait son état, et par ce moyen avoir du foin, de l'avoine et des chardons en abondance.
En savez-vous tous autant, chrétiens qui m'écoutez?
Mais je reviens à mon histoire. J'arrivai donc à sept heures chez ma mère qui m'attendait, exacte et ponctuelle comme toujours, la soupe sur la table, la cuiller en arrêt.
Je l'embrassai, suivant mon habitude, et je lui dis précipitamment:
—Mère, cherche-moi mon pantalon noir, mon habit noir, mon gilet noir, ma cravate blanche et mes gants gris-perle,—tu sais bien, ceux que j'ai achetés, il y a six mois.
Elle me regarda, très étonnée:
—Seigneur Dieu! est-ce que tu vas à la noce?
—Précisément.
Et, tout en parlant, j'avalais ma soupe par cuillerées énormes.
Alors, en cherchant et brossant mes vêtements, elle demanda: