Comme nous l'avions prévu, il était là, regardant jouer au billard, jugeant des coups et ne prévoyant pas la machination qu'avait préparée le perfide Michel.

Celui-ci entra d'un air aisé et bon enfant comme à l'ordinaire et donna des poignées de main à tout le monde et à Francis lui-même, quoique leur rivalité auprès d'Hyacinthe eût mis entre eux un certain froid. Cependant, comme ils étaient bien élevés tous les deux, les formes de la politesse subsistaient toujours.

Michel s'assit sans affectation à une table voisine et je lui fis face. Nous causâmes d'abord de choses indifférentes et en particulier d'un procès qui se préparait. Nous discutâmes pendant cinq minutes la question de droit en feignant de boire des bocks.

Tout à coup Michel me dit:

—A propos, sais-tu la grande nouvelle que donne un journal anglais, le English Duck?

—A ces mots «grande nouvelle» English et «Duck», les oreilles du bon Francis Vire-à-Temps s'ouvrirent toutes grandes pour recueillir le discours de Michel.

Celui-ci poursuivit:

—Il paraît que le prince impérial va faire une descente à Cherbourg. L'armée de mer va se soulever en sa faveur et lui livrer les forts. On compte sur trois régiments de ligne et sur un régiment d'artillerie. Plusieurs chefs de gare et chefs de trains sont gagnés.

Je m'écriai:

—Pas possible!