Le pauvre gros Francis, n'étant pas éloquent, serra silencieusement la main d'Hyacinthe, et tous les deux se retirèrent, promptement suivis de leurs amis particuliers qui ne savaient quelle contenance garder, et qui, d'ailleurs, étaient pressés de dîner à l'auberge,—car c'était l'heure de la plupart des tables d'hôte.

Michel, voyant la salle se vider, voulut s'approcher d'Hyacinthe et la remercier de son courage, mais la vieille Rosine se campa au-devant de sa fille dans une attitude si belliqueuse que mon ami craignit d'être cause d'un nouveau scandale et sortit avec moi.

Quand nous fûmes dehors, Michel me dit:

—Eh bien, qu'en penses-tu, Trapoiseau? Le coup était-il bien combiné? A-t-il assez réussi?

—Comment, c'est toi qui...

—Parfaitement vrai.

—Je ne m'étonne plus de la tranquillité où tu vivais ces derniers jours.

—Voici. Grâce au mur du jardin et à la fenêtre grillée de sa chambre, je peux, sinon voir et toucher Hyacinthe, du moins lui parler toutes les nuits... C'est moi qui l'ai décidée à accepter la main du pauvre Francis, qu'elle avait d'abord nettement refusée. Je lui ai prouvé que nous ne pouvions obtenir le consentement de son père que par un coup d'éclat qui forcerait ce pauvre homme à prendre une résolution virile. Hyacinthe a combattu longtemps, mais enfin elle a fini par donner son consentement. De là, l'événement que tu viens de voir. Ce qui l'a décidée surtout, c'est le cartel que j'ai adressé à Francis; elle a eu peur d'un duel où je pouvais être tué. Pour prévenir ce danger, elle a fait elle-même l'acte de courage dont tu as été témoin tout à l'heure.

Et maintenant, cher ami, vive la joie!

Michel sautait et dansait de bonheur. Je lui demandai: