—Nous ne l'achetons pas, chère belle. Nous le recevons directement de Bourbon et de Moka, par la malle des Indes. C'est sir John Miller, gouverneur d'Aden, qui nous l'envoie mélangé tout exprès, dans des proportions dont vous n'avez pas d'idée.

Ces derniers mots «dont vous n'avez pas d'idée» avaient pour but d'humilier la dame au nez rouge; mais celle-ci s'écria:

—Mon cousin qui est à la Martinique m'en envoie souvent...

Par ce moyen, elle reprenait le terrain perdu, car il n'est pas donné à tout le monde d'avoir un cousin à la Martinique.

Alors madame Forestier lui coupa la parole et répliqua un peu sèchement:

—... Chère belle, s'il faut tout dire, ce mélange est préparé par sir John Miller lui-même; pour lui, cela va de soi; pour le grand shérif de la Mecque qui n'en veut plus prendre que de sa main (c'est un article secret du dernier traité qu'il a signé avec l'Angleterre) et pour la reine Victoria.

—Mais alors vous êtes donc très intimes avec sir John Miller?

—Intimes, chère belle, au point que sir John et lady John m'ont promis de venir me voir, l'hiver prochain, à Paris.

Elle s'interrompit pour offrir du café à une autre dame qu'elle appelait «ma chérie».

Pendant ce temps, «chère belle», la dame au nez rouge, disait à demi-voix à sa voisine: