—Que veux-tu, ma pauvre Rosine? Il faut bien en passer par là! Tu as dansé. Ta fille veut danser à son tour. C'est la loi de ce monde. Tu as montré tes grâces pendant vingt ans. Elle aussi veut montrer les siennes.

A ce mot de «montrer ses grâces», Mme Forestier reprit assez aigrement:

—Qu'entends-tu par là, «montrer mes grâces?»

—J'entends, dit l'autre, ce que tu entends aussi bien que moi, si tu n'es pas sourde. Et si le capitaine Smintéry, aujourd'hui colonel à Batna, était ici...

—Ma chère, le capitaine Smintéry était un sot, et ceux qui répètent ces sottises...

J'aurais bien écouté cette conversation, pendant quelques minutes, sans trop d'ennui, mais comme le diapason des voix s'élevait de seconde en seconde, je craignis quelque malheur, je fis signe à Michel de s'approcher et je vins moi-même présenter mes plus profonds respects aux vieilles dames qui, du reste, me regardèrent toutes deux avec un parfait mépris.

—Ah! dit madame Forestier, en reprenant son grand air de femme distinguée, qu'elle avait un instant failli perdre, au souvenir, mal à propos rappelé, du capitaine Smintéry, voici le petit Trapoiseau, je crois...

Et me regardant de plus en plus par-dessus l'épaule, comme si j'eusse été un meuble du jardin:

—Eh bien, mon garçon, l'acte est-il prêt?

Elle dit cela lentement, négligemment, comme une personne du grand monde, qui a tellement d'affaires en tête qu'elle sait à peine qui lui parle et de quoi on lui parle.