A ce cri qu'on dut entendre de plus de cent pas et qui fit retourner toutes les têtes dans le jardin, elle ajouta, mais d'une voix plus concentrée:

—Il n'aura pas mon consentement.

—C'est ce qu'il craignait, madame, parce que votre refus entraînerait certainement celui de madame Forestier, et qu'alors son mariage serait rompu pour toujours.... Aussi m'a-t-il chargé d'obtenir votre consentement à tout prix.

Ces derniers mots «à tout prix» lui firent dresser l'oreille, comme à un cheval de guerre le son de la trompette. Cependant elle feignit d'abord de n'y faire aucune attention.

—Je refuse! je refuse! je refuse! s'écria-t-elle.

Je répliquai tranquillement:

—Madame, la première partie de ma mission est remplie, avec peu de succès, je le vois, maintenant, j'arrive à la seconde... Mais d'abord, si j'osais vous prier de vous asseoir, car je prévois que mon discours sera long et que je ne vous convaincrai pas du premier coup.

Etonnée de mon sang-froid et curieuse surtout de savoir ce que j'avais à dire, elle s'assit en effet dans un fauteuil. Quant à moi, toujours modeste, je m'assis pareillement, mais sur une simple chaise, je regardai autour de moi pour savoir si nous n'étions écoutés de personne, et je commençai en ces termes:

—Madame, depuis douze ans, sous le titre de tutrice, d'abord, de votre fils et d'usufruitière par moitié de la fortune de votre mari, feu M. le docteur Bernard, en son temps médecin renommé, et de son chef maître d'une fortune considérable, vous avez reçu une somme totale de trois cent vingt mille francs, dont vous avez dépensé environ la moitié pour l'entretien du ménage et l'éducation de votre fils mineur.

La seconde moitié, composée d'actions de chemins de fer et de titres de rentes 3%, qui valent ensemble (au cours de la Bourse d'aujourd'hui) cent quatre-vingt mille francs, appartient par moitié à vous, madame, et à Michel.