—Angéline, ma chère Angéline, au nom de notre amitié, je te commande de répéter à M. Félix Trapoiseau, ici présent, l'éloge que tu m'as fait de ses vertus et qualités diverses...

A quoi Mlle Angéline, souriante et rougissante, répliqua, en riant aussi:

—Quoi? Moi! Jamais! Nous n'avons jamais parlé de M. Trapoiseau!

—O menteuse! s'écria Hyacinthe. Pourquoi veux-tu lui cacher ce que tu m'as dit, qu'il était le plus savant des hommes, qu'il connaissait la place de tous les livres de la bibliothèque de ton père, qu'il était au courant de toutes les histoires, de toutes les poésies, de toutes les philosophies de l'univers... Enfin, si ce n'est à cause de sa science, fais-lui bon accueil, à cause de moi.

—Très volontiers, dit l'autre demoiselle.

Et comme tout le monde avait signé, les jeunes, les vieux, les gros, les gras, les maigres et jusqu'aux petits enfants de cinq ans dont l'un, arrière-cousin d'Hyacinthe, voulut mettre sa griffe et ne fit qu'un énorme pâté d'encre en place de signature, Angéline, à qui il tardait de danser, se mit au piano et commença un vieux quadrille, car, en pareil cas, il faut que quelqu'un se sacrifie au bien public.

Je m'approchai d'elle et je lui dis tout bas:

—Mais, mademoiselle, je croyais que vous m'aviez promis la première danse...

Elle m'interrompit:

—Eh bien, je vous l'ai promise et je vous la garde, vous le voyez bien, puisque je ne la donne à personne... Ne faites pas la grimace, s'il vous plaît; vous êtes très laid, dans ces occasions. Ne voyez-vous pas là-bas une bonne mère de famille qui commence à se déganter et qui va prendre ma place dans un instant? Prenez donc patience, s'il vous plaît, ou plutôt, non... allez inviter ma cousine Benoît, qui vous en saura gré, car personne ne la regarde.