—Oui; mais M. Forestier est revenu de Versailles très inquiet. Il voit qu'on va faire des élections nouvelles et que le vent est à la République. Il a peur de n'être pas réélu.

—Et qui donc lui ferait concurrence?

—Michel! monsieur Trapoiseau. Oui, Michel qui héritera, comme on sait, d'une belle fortune; qui, dès aujourd'hui, a de l'argent à dépenser; qui parle comme M. Thiers, pendant trois jours de suite, sans respirer; qui est fils de feu M. Bernard que tout le monde aimait et respectait dans le pays: qui est républicain de la veille, lui, car il n'a que vingt-sept ans et n'a jamais servi l'Empire; tandis que M. Forestier n'est qu'un bonapartiste converti ou mal blanchi, comme disent les républicains... Alors, comme par bonheur, Michel adorait Hyacinthe qui n'est, elle, ni bonapartiste, ni peut-être républicaine, mais jolie comme un amour et plus douce qu'un petit agneau blanc, le père Forestier, moins bête qu'on ne croit, lui a promis la main de sa fille; mais à condition, vous m'entendez bien, que l'autre ne sera jamais candidat du vivant de son beau-père, excepté si M. Forestier est fait sénateur... Et voilà!

J'écoutais, le cœur serré, cette explication. Enfin, je demandai:

—Alors, à défaut de mademoiselle Hyacinthe, le vieux Vire-à-Temps se rabat?...

—Sur Angéline. Oui, monsieur Trapoiseau.

—M. Bouchardy consent?

—A peu près. Il aura sa fille près de lui, et plus tard ses petits-enfants, s'il en vient; ses habitudes ne seront pas changées; le gros Francis n'est pas méchant, il a un très beau revenu, il ne joue pas, il dîne chez son père, par économie, et aussi parce qu'on y dîne très bien (car le vieux Vire-à-Temps n'entend pas raillerie sur l'article de la cuisine), il dînera donc très volontiers chez son beau-père, ce qui fera la bonheur d'Angéline...

—Mais elle?

—Angéline? Je suppose qu'elle n'en sera pas fâchée non plus. Ça ne changera rien à sa vie ordinaire. Ce ne sera qu'un mari de plus dans la maison et une occasion de montrer les belles robes qu'on lui donnera pour son trousseau... Qu'avez-vous donc à me regarder de travers, monsieur Trapoiseau, comme si je vous avais marché sur le pied?...