Sur ma parole, si avec les yeux une bonne femme peut donner la fessée à son mari, je crois que le pauvre M. Forestier fut fessé ce jour-là et pendant cette terrible minute.

Il chercha un appui dans les deux notaires; mais ceux-ci déjà inquiets pour eux-mêmes prirent leurs chapeaux et s'avancèrent du côté de la porte. Quant à moi, trop petit personnage pour essayer d'une lutte inutile, «j'enfilais déjà la venelle,» comme dit le poète, c'est-à-dire que je cherchais un asile dans le salon.

J'entendis cependant, en suivant le corridor, que M. Forestier disait d'un ton suppliant:

—Voyons, ma chère Rosine, est-ce qu'on ne peut pas rire un jour de contrat?

A quoi elle répliqua:

—Voilà l'exemple que vous donnez à votre fille et à votre futur gendre; un bel exemple, en vérité! Au reste, vous n'en faites jamais d'autres. Pierre, mardi dernier, vous a ramené de la foire tout couvert de vin et de boue. Vous faites pitié même à vos domestiques.

Qu'est-ce qui suivit? Je n'en sais rien, mais cinq minutes après, Mme Rosine reparut au milieu du salon où j'étais déjà rentré, et d'un air faussement inquiet appela dans un coin le plus célèbre médecin de Creux-de-Pile, le fameux docteur Vadlavan, homœopathe de premier ordre.

—Docteur, je crains pour mon mari. Il me paraît bien excité.

—Comment! papa est malade! s'écria Hyacinthe inquiète.

Et elle courut au-devant de son père qui l'embrassa tendrement et lui dit: