Je racontai franchement ce qui s'était passé.

Michel poussa un profond soupir.

—Alors, pour obtenir son consentement, tu l'as menacée d'une demande de comptes de tutelle?

—Ne m'avais-tu pas donné pleins pouvoirs?

Second soupir, suivi de profondes réflexions. Enfin, il conclut:

—Il fallait réussir, et tu as réussi. Je te remercie, Félix, mais je crains les représailles... Si tu savais comme elle déteste Mme Forestier et comme elle en est détestée! C'est terrible!

—Heureusement, dans trois jours ce sera fini, et alors, M. le maire ayant enregistré le consentement, tu n'auras plus rien à craindre.

—Ah! répliqua Michel, ce n'est pas trois jours que je vais attendre, c'est soixante-douze heures!

Et alors, car la lune, toujours propice aux amoureux, commençait à le plonger dans de douces rêveries, il me raconta ses amours avec Hyacinthe et comment tout avait commencé.

Il avait dix-neuf ans. Elle en avait quatorze. C'était en 1871. Il revenait de la guerre, de la triste guerre où il avait fait son devoir, et tâché de tuer beaucoup de Prussiens et de sauver la patrie...