—Toi, dit Marion, tu n'en as pas trente-six... tu n'en as pas du tout; c'est bien pire.

Il y eut une pause et comme une trêve entre les deux combattantes. Je riais franchement de ce duel imprévu; mais Michel ne riait pas, lui.

Il me dit tout à coup:

—Ces deux femmes vont faire un malheur. Il faut les séparer.

—Oui; mais comment? Veux-tu te jeter au milieu de la mêlée et recevoir les éclaboussures?

—Non, non. Faisons un détour. J'ai la clef du jardin et je vais rentrer chez moi par derrière. Quand nous serons dans la maison, j'appellerai Marion. La querelle sera terminée par là. Viens avec moi.

Nous entrâmes, en effet, par la porte du jardin, et nous courûmes dans la chambre de Michel dont la fenêtre était ouverte.

Malheureusement, dans ce court intervalle, la querelle s'était animée ou plutôt Mihiète et Marion avaient choisi un autre champ de bataille, et commençaient comme les cochers en fureur à frapper sur leurs bourgeoises respectives.

—Fait-elle de l'embarras, disait Marion, parce qu'elle a mangé du saumon, hier soir!

—Ça, répliqua Mihiète avec orgueil, c'est une preuve que nous pouvons le payer... Et un saumon de vingt livres encore! On n'en fait plus comme ça que pour nous!