—Madame, ce n'est pas ma faute...

Et elle feignit d'hésiter.

—Voyons, demanda Mme Bernard, qu'est-il arrivé? Je veux le savoir!...

Puis, se reprenant avec une attitude provocatrice:

—J'ai droit de savoir ce qui se passe chez moi, je suppose?

Marion parut prendre une résolution brusque et répliqua:

—Eh bien! puisque madame veut savoir, madame saura... Après tout, ça la regarde autant que moi...

Mihiète a poussé ses balayures chez moi, comme si j'étais faite pour balayer les ordures des Forestier... Vous comprenez, madame, on a sa dignité à garder... Alors, je l'ai appelée «rosse!» Elle m'a appelée «chameau!» Elle m'a dit qu'on mangeait chez elle des saumons de vingt livres. Comme si madame ne pouvait pas manger des saumons, des brochets et tout ce qu'il lui plaît... Alors, j'ai dit, que quand on mange des saumons de vingt livres, il faut donner une dot à sa fille, et qu'il ne faut pas faire son mari ce qu'il n'aurait pas envie d'être, le pauvre homme, si madame Forestier lui demandait son consentement... Et voilà!

Mme Reine Bernard se mit à rire:

—Marion, tu n'as pas parlé d'autre chose!